Sur nos sentiers, notre patrimoine
Avant-propos
Sur nos sentiers chéris, les traces de nos chaussures et de nos bâtons sont éphémères. Mais les traces de la vie de nos ancêtres, celles des « biens de nos pères », autrement dit de notre patrimoine, elles, résistent au temps.
Notre pratique sportive ne nous permet évidemment pas de nous attarder pour les observer.
C'est pour cela que je propose à ceux que cela intéresse, de brèves indications (*) sur quelques "points de passage" de nos circuits, un peu plus chargés d'histoire...
(* Reconnaissance éternelle à Bernard RAYMOND, l'historien local...)
Bernard Gautron.
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1. L'Allée romaine

En quittant notre "camp de base" (le parking des étangs) en direction de Barbin, nous empruntons parfois "l'Allée romaine". C'est l'appellation locale du sentier, montant, bien empierré, qui est vraisemblablement un tronçon, mieux conservé que d'autres, d'une antique voie romaine. Celle qui reliait la région des Pictaves (Poitiers) à celle des Namnètes (Nantes). On trouve des traces comparables à Mortagne (quartier de Romaine!) ou à Tiffauges, sur le site de Couboureau (Rappelez-vous la Randonnée de la Sèvre!).Pour info, nos « ancêtres les gaulois » des bords de Sèvre faisaient partie de la tribu, d'origine celtique, des Ambilatres. Au sud, ils voisinaient avec les Agésinates (Aizenay) et au nord avec les Andégaves (Angers).
3. La Porte des Martyrs

A l'été 1820, à l'occasion du décès de Mme de Sapinaud (réfugiée à La Barbinière pendant les guerres de Vendée et auteur de précieux Mémoires), son fils apprend, de la bouche d'un voisin, qu'en 1794, plus de vingt personnes venues se réfugier au château ont été massacrées par les républicains et enterrées sommairement à proximité du portail d'entrée.
De ce jour, l'habitude est prise d'appeler ce portail, la Porte des martyrs.
Par la suite, les corps, retrouvés, sont enterrés plus dignement au cimetière communal, et, à la fin du XIXème, la porte cochère, devenue inutile après la construction du nouveau château et de la nouvelle enceinte, est condamnée.
La Porte des Martyrs a retrouvé, l'an passé, grâce au travail des bénévoles de l'association Patrimoine, un certain éclat.
Les spécialistes de l'héraldique y remarqueront des blasons gravés datant des XIVème et XVIIème. Les autres auront surtout constaté que la porte permet, depuis peu, d'accéder directement au Clos Suzette (à partir de 16 heures!).
5. L'Arceau de la Vierge

En face du moulin d'Etourneau, voici l'arceau en granit, érigé à la fin du XIXème par Ernest de Sapinaud, châtelain de la Barbinière et maire de Saint Laurent.
Le petit monument voulait signaler la présence, en surplomb, d'un rocher surmonté d'une petite croix, appelé « rocher de la religieuse ». Cette religieuse en aurait été précipitée par des soldats républicains pendant la Révolution.
Aujourd'hui, la nature et la végétation ont repris leurs droits et le rocher et la croix ne sont guère visibles du sentier.
Jusqu'à la fin du XXème siècle, l'Arceau a été un lieu de célébrations religieuses occasionnelles (en particulier pour la communauté portugaise) Et, de nos jours, il n'est pas rare d'y voir des bouquets de fleurs fraîches.
7. Barbin : le moulin et la chaussée

Avant d'être associé, au siècle dernier, au viaduc ferroviaire, le site de Barbin, emblématique de St-Laurent-sur-Sèvre, est constitué d'un moulin et de sa chaussée. Le moulin fait alors vivre tout un village, aujourd'hui disparu : au moins une demi-douzaine de « feux », nous disent les archives.
Cinq roues entraînent le « moulin à drap », dit aussi « moulin à foulon ». Le foulon est un mécanisme relativement complexe mu par la force hydraulique. La roue actionne des maillets qui retombent sur le « tissu à fouler ». Ainsi, les tissus de « grosse laine » deviennent du « drap » destiné à la confection des vestes, pantalons et autres jupes. On parle, selon les cas, de flanelle, de molleton, de serge, de droguet, etc...
Quant à la chaussée, elle a la particularité d'être double : orientée vers les deux berges opposées. Après avoir longtemps réglé le flux vers les roues hydrauliques, ces deux chaussées servent de pêcheries lorsque le foulage s'arrête, vers la fin du XIXème.
Déserté par les foulonniers, le site va bientôt se trouver une nouvelle identité, avec la construction du viaduc ferroviaire.
9. Le viaduc autoroutier
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Le projet de traversée de la Sèvre par l'A87, présenté en 1999, fait le choix d'un « viaduc en courbe » : l'architecte veut ainsi respecter au mieux le caractère du site. Nous, qui marchons régulièrement vers le Guy et avons un moment en perspective les deux ouvrages d'art, nous pouvons juger du résultat.
L'entreprise (250 mètres de long, 5 travées, 2 tabliers) est évidemment très complexe. Mais, un siècle après la construction du Pont de Barbin, les moyens techniques ont beaucoup évolué et le chantier ne dure guère qu'une année. Le viaduc est achevé à l'été 2002.
Conséquence non négligeable : la société d'autoroute se charge d'assainir les bords de Sèvre périphériques et d'y aménager les sentiers, dont nous profitons aujourd'hui. Les moins jeunes d'entre nous se souviennent fort bien qu'antérieurement, les mois d'hiver, le cheminement vers Mortagne était beaucoup plus scabreux.
11. Le Guy

A la frontière de La Verrie et de Mortagne, un peu avant Rochard, voici le Guy. Sa chaussée, sauf en période de crue évidemment, nous permet souvent de faire demi-tour vers les étangs en rejoignant l'autre rive de la Sèvre. Quant au moulin, qui vient d'être joliment rénové, sa premère mention dans les archives remonte au XVème siècle. L'office du tourisme de Mortagne nous rappelle qu'il est tour à tour destiné au foulonnage (au XVIIIème, par exemple) et à la meunerie (au XIXème). Les sœurs de la Sagesse en sont même propriétaires à une certaine période. Et, au début du XXème, on y trouve encore des métiers à tisser.
13. La chapelle Sainte Anne

Quelques hectomètres après les étangs, à l'entrée du quartier de la Barotière, voici la Chapelle Sainte Anne.
De style néo-gothique, elle a été érigée au milieu du XIXème selon le vœu du Frère Siméon, supérieur des Frères de Saint Gabriel. Celui-ci avait survécu à un grave « accident de cheval ». La chapelle, longtemps désaffectée, a été rénovée par un groupe de bénévoles dans les années 80.
Ceux d'entre nous qui ont eu la curiosité d'y entrer (elle est toujours ouverte!) ont pu constater que de nouvelles actions pourraient être entreprises...
15. Plassard : La chaussée et le moulin

Quelques centaines de mètres plus loin, nous voilà à Plassard, la première chaussée sur la commune de Saint Laurent, en amont de la Sèvre. C'est une chaussée « à forte valeur patrimoniale ». L'expression (de B. Raymond) suggère que, contrairement à beaucoup d'autres, elle mérite d'être conservée et entretenue. En effet, les lois dites du « Grenelle de l'environnement » (de 2010) veulent que désormais « on laisse couler la rivière ». La première mention d'un moulin date de 1575. Essentiellement, moulin « à farine », mais aussi, par périodes, « à foulon », et même « à papier ». Les archives, particulièrement riches de précisions et d'anecdotes, témoignent d'une activité intense jusqu'à la toute fin du XIXème.
C'est en effet en 1891 qu'un industriel choletais, Arthur Laurentin, achète les biens du dernier meunier pour en faire un pavillon de chasse qui devient vite une « résidence d'été » pour sa grande famille.
17. La Vierge du coteau rose
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Petite entorse au cahier des charges : ce « petit patrimoine » n'est pas exactement sur notre sentier. Bien qu'assez proche, il n'en est pas visible. A mi-pente du coteau, au niveau du muret rectiligne qui fend les bruyères (en fleurs, au printemps, elles justifient le nom du lieu !), le « monument » est difficilement accessible.
C'est un arceau (Saint Laurent n'en manque pas, vous l'aurez remarqué !) qui tranche avec les autres. D'une part, le lieu n'est pas du tout fréquenté et, d'autre part, l'édifice est fait « de bric et de broc ».
L'ouvrage est, en effet, une des nombreuses initiatives, plus ou moins farfelues, de Maurice Laurentin. Ce sont ses enfants et lui qui l'ont réalisé avec des matériaux récupérés, à la suite du chantier de l'église du Sacré Cœur. On imagine aisément l'opération.
J'en profite pour dire que Ménie Grégoire, n'est pas la seule à souligner l'exceptionnelle personnalité de l'architecte. La petite fille de celle-ci, Adèle Bréau, commence son dernier roman (L'heure des femmes, 2023) par une évocation pittoresque du Plassard de l'époque.
19. L'usine de Bodet

Depuis quelques mois, au retour de Plassard par la rive gauche de la Sèvre, au ras du nouveau lotissement de la Montagne, nous pouvons emprunter le passage piétonnier enfin rétabli.
Il débouche sur l'ancien sentier qui mène au Pont Jeanne d'Arc et au village de Bodet. Ce sentier longe, pendant quelques centaines de mètres, le mur d'enceinte de l'ancienne Usine de Bodet. En levant les yeux, vers la droite, on remarque en effet les toitures et les cheminées des vieux bâtiments.
La première usine, La Blanchisserie Saint Joseph, date de 1868. Longtemps, elle est la plus importante entreprise de la commune. Pendant plus d'un siècle, elle développe des activités liées à l'industrie textile du choletais : blanchiment, confection, tissage, teinture. A la fin du XXème, l'Usine de Bodet s'oriente vers l'ennoblissement des tissus. Elle devient alors, successivement, la SEUMO, Vendée Couleurs et Phénix Color... pour s'arrêter définitivement en 2007.
Certains de nous se souviennent encore des différents aspects, plus ou moins colorés, que prend parfois, en cette époque pré-écologique, notre Sèvre, en aval de l'Usine.
21. Le Moulin de Chaussac

Depuis de moyen-âge (première mention dans les archives : 1408!), Chaussac est un moulin à farine ordinaire, sauf pendant une courte période, au XVIIIème, où il devient un « moulin à draps et à battre toiles ».
Il est acquis, en 1884, par le Pensionnat Saint Gabriel (un PSG avant l'heure!) pour ses propres besoins. Dans un premier temps, une nouvelle roue et de nouvelles meules assurent, sous la direction du Frère Josué, la production de farine pour le pensionnat et les établissements montfortains locaux.
Puis, en 1887, on y installe une dynamo « capable d'alimenter 120 lampes à incandescence », et une pompe pour remplir un bassin de 100 m3, aménagé sur les hauteurs de l'établissement. On y ajoute, un peu plus tard, une turbine.
En 1903, le Pensionnat et son moulin deviennent brusquement « propriétés de l'Etat ». Heureusement, un bienfaiteur, le Marquis de la Bretesche, rachète l'ensemble et le rend aux Frères.
Au XXème, le moulin fournit du courant jusqu'en 1950 et l'activité meunière ne cesse qu'en 1971, au décès du dernier Frère meunier.
Le Pensionnat, alors, se développe rapidement (du fait de la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans, entre autres) et le moulin est aménagé en salle d'activités scolaires : solfège, dessin, travaux manuels.
A l'orée du XXIème, revenu dans le domaine public, le moulin de Chaussac est désaffecté et vite dégradé.
Heureusement, en 2020, la famille Bodet l'acquiert et l'aménage en gîte collectif. Et en 2022, le Moulin de Chaussac retrouve tout son éclat.
23. Buchet

Avant d'être associé à une auberge et une chaussée, Buchet (aussi écrit Buschet et Bouschet dans les Archives!) est un « site hydraulique » de première importance.
Depuis 1394, il est constamment « foulonnier », et ses quatre moulins font vivre jusqu'à cinq familles. La production s'arrête en 1875. Les moulins disparaissent et il ne reste plus que les « voies d'eau » et la chaussée.
Pendant des décennies, à la fin du XXème, l'Auberge de Buchet est un lieu de rencontre particulièrement prisé par les promeneurs et les associations locales.
En 1996, la chaussée est reconstruite et surélevée (non sans tergiversations et commentaires!) pour le grand bonheur des marcheurs que nous sommes!
2. La Croix Brebion

Dans le prolongement de l'Allée romaine, juste après avoir traversé la route qui mène au Château de la Barbinière, sur la gauche, la marcheur découvre la Croix Brebion, fraîchement rénovée. Deux choses à savoir.
D'une part, la croix a été élevée au XIXème siècle par la famille Brebion, de la Petite Barbinière (la ferme qu'on aperçoit en contrebas). Les parents voulaient « rendre grâce à Dieu » pour la guérison d'un enfant « qui tombait du haut mal ». Comprenez : « qui se mourait d'épilepsie ».
D'autre part, l'emplacement a été soigneusement choisi : c'est à cet endroit précis que trois personnes (dont un prêtre et une religieuse) avaient été massacrées par « les bleus » pendant la Révolution.
4. Le Moulin d'Etourneau

Un des quatorze moulins situés sur la commune de Saint Laurent (de Plassard à Barbin). La première mention du lieu dans les archives date de 1394 et son orthographe a beaucoup varié au cours des siècles suivants.
Longtemps propriété du châtelain de la Barbinière, c'était donc un « moulin banal » (qui appartient au seigneur!). C'est un moulin à farine (il en existe de beaucoup d'autres sortes : à papier, à foulon, à tan). Il est équipé de deux meules : une pour le froment, l'autre pour le seigle.
Etourneau est aussi lié aux Guerres de Vendée. Madame de Sapinaud raconte, dans ses Mémoires, qu'elle s'y est réfugiée, dans « la maison des pêcheurs »*, déguisée en paysanne, sous le nom de La Fortin. Elle précise, entre autres détails, qu'alors « les eaux étaient hautes et on ne pouvait traverser » : la chaussée attenante, que nous connaissons bien, était donc recouverte.
A la fin du XIXème, le meunier se retire à Milvin, racheté aux Frères de Saint Gabriel. C'est l'époque où la meunerie s'efface devant la minoterie qui répond mieux aux exigences du développement économique en cours.
* Le dernier mag de la commune nous rappelle que sa toiture vient d'être rénovée.
6. Les folies du Parc de la Barbinière

L'an passé, avec des « marcheurs de juillet » nous nous étions intéressés à quelques curiosités du bois de la Barbinière. En particulier, aux « piles de pierre » de la clairière.
Ces curieuses piles, selon toute vraisemblance, supportaient une passerelle, élément d'un « parcours de loisirs » que les châtelains du XIXème aimaient offrir à leurs invités. Le parcours, essentiellement constitué d'un « labyrinthe végétal », comprenait aussi un petit kiosque, relativement difficile d'accès.
Pendant plus d'un siècle, ce kiosque a été une curiosité locale, dont ont largement profité, entre autres, les randonneurs. Nous avons bien fait de lui rendre visite l'année dernière car, depuis, il a été « déconstruit ».
8. Barbin, le viaduc ferroviaire

Curieuse destinée que celle du « Pont de Barbin » ! L'idée d'un viaduc ferroviaire au-dessus de la Sèvre est émise dès 1857 : il faut alors « désenclaver le haut-bocage vendéen » et établir une nouvelle liaison avec le bassin houiller de Faymoreau en Sud Vendée.
Après des décennies et de longues tergiversations (où s'expriment en particulier les intérêts du pensionnat Saint Gabriel et de la « Paroisse sanctuaire » de Saint Laurent), le tracé est enfin arrêté, mais le chantier ne commence qu'en 1904. La construction du viaduc suppose un chantier hors norme : les pierres sont extraites localement (mais oui, nous sommes bien sur le massif armoricain!) et une main d’œuvre extérieure (du Limousin, de la Charente, et même d'Itaie) est nécessaire. Un village, de maçons cette fois, s'installe à nouveau sur le site qui devient, pendant les années de travaux, une sorte d'attraction locale.
La ligne est ouverte le 27 juillet 1914, quelques jours avant l'entrée en guerre. Par la suite, en plus du transport de marchandises, elle contribue au développement des pélérinages montfortains (en provenance de Belgique, notamment) et de l'internat de Saint Gabriel. Le pont est bombardé en 1944, par les anglais. Puis, remis en état en 46. Mais le trafic s'arrête progressivement (les mines ferment, la voiture se démocratise!).
En 1984, la mise en place du train touristique entre Mortagne et les Herbiers le remet, un peu, en service, en attendant le rétablissement de la ligne Cholet-Les Herbiers, dont on nous dit que les études ont été validées. Mais on comprend que Bernard Raymond ait qualifié le viaduc, à une époque, de « grand œuvre de l'inutile ».
10. Le moulin de l'Enfer

Pour évoquer cet élément de notre patrimoine, un peu d'imagination est nécessaire. En effet, poursuivant son chemin vers le Guy, quelques dizaines de mètres après la confluence du Blanc et de la Sèvre, le marcheur ne perçoit qu'avec peine un vieux mur enseveli sous la végétation.
Un discret panneau rappelle qu'il s'agit des ruines d'un moulin à farine incendié à la fin du XVIIIème siècle.
Il en précise la sombre destinée. Pendant les guerres de Vendée, selon la tradition locale, le meunier aurait trahi les Blancs et ceux-ci l'auraient, en représailles, pendu à une poutre de son moulin. Et, une légende prétend même que la nuit de Noël, on entend encore ses plaintes...
12. Le Puits aux étangs

Lorsque nous partons vers l'amont de la Sèvre, en direction du Côteau rose, le « puits aux étangs » est le premier élément du petit patrimoine que nous rencontrons. Datant du XIXème, il était depuis longtemps enfoui dans les herbes et les marécages (où se plaît notre salamandre chérie). L'association Patrimoine et Histoire vient de lui redonner un peu d'éclat.
Ce puits nous rappelle l'importance des points d'eau potable avant l'ère industrielle et celle du « service d'eau ». Beaucoup de ces puits ont évidemment disparu. A Saint Laurent, on peut encore admirer en particulier celui de la Barbinière (à droite dans l'allée qui mène au château) et celui de la Fontaine des Anges.
14. La chaussée de Roger

En chemin vers le Coteau rose, nous traversons habituellement la Sèvre à Roger. Roger est un « site hydraulique » riche d'une longue histoire. La première mention dans les archives, en effet, date de 1567.
Du XVIème au XIXème, deux bâtiments abritent quatre moulins (« à farine », « à foulon », « à carder », « à teiller »... nous dit l'historien local). Ils encadrent la chaussée que nous empruntons aujourd'hui. On imagine aisément l'animation d'alors aux alentours.
De nos jours, un seul subsiste, restauré, à la fin du XXème, en « maison secondaire » par un habitant de Bodet (à moins d'un kilomètre!).
16. Plassard et les Laurentin

Pendant un siècle (le 20ème), Plassard est associé à une famille « hors du commun » : les Laurentin. A commencer par Maurice, le fils du premier acquéreur.
Architecte de formation, il s'illustre pendant la guerre 14-18 et reçoit la légion d'honneur. De retour à la vie civile, entre autres réalisations, il conçoit et fait construire l'église, si particulière, du Sacré Cœur de Cholet, et conduit l'achèvement de la basilique de Saint Laurent.
Pendant la guerre 39-45, il est tour à tour, engagé volontaire, prisonnier, évadé, résistant.
Entre les deux guerres, c'est lui le « maître de Plassard », où à la belle saison, il orchestre la vie de sa nombreuse famille, dont chaque membre connaît par la suite un parcours singulier.
L'aîné, Jean, est pneumologue et auteur d'essais spécialisés, sous le pseudonyme de Dr Plassard.
Le cadet, René, est prêtre, théologien et historien de la chrétienté, souvent invité sur les plateaux télé, à une certaine époque. Marie, sous le nom de Ménie Grégoire, est journaliste, spécialiste (en avance sur son époque) de la condition féminine. Son émission fait les beaux jours de RTL dans les années 70. André, après les Beaux Arts, publie des ouvrages sur «l'architecture de la Renaissance dans le Haut bocage vendéen». Anne est médecin chirurgien, spécialiste des problèmes de la femme africaine et maître de recherche au CNRS.
Dans son autobiographie, Telle que je suis, Ménie Grégoire souligne que Plassard, « le support des rêves de (son) père », a été fondateur pour elle et sa fratrie.
18. Le Calvaire de Pitié

Quand nous allons vers l'amont de la Sèvre, et que les chaussées de Roger et de Plassard sont impraticables, il nous arrive de remonter (longuement!) vers Pitié.
L'impressionnant calvaire, aussi appelé « Croix Liard », date des années 1860. Le curé de l'époque, l'abbé Liard, voulait réactiver la dévotion des paysans des alentours. Ce premier monument se dégrade assez rapidement.
Complètement rénové au début du 20ème, il devient, pendant la longue période d'enthousiasme religieux, un important lieu de recueillement et de célébration. En particulier, lors des nombreuses fêtes de la Vierge (15 août, 8 septembre, etc...) et des Rogations. Ces « processions », dans les jours précédant l'Ascension, étaient censées favoriser les récoltes à venir.
Par la suite, le Calvaire devient un important repère pour les nombreux randonneurs locaux. Ces dernières années, l'association Patrimoine l'a entièrement restauré et la statue monumentale de la « Vierge des douleurs » a retrouvé sa place au sommet de l'Arceau, en octobre dernier.
20. La grotte de Lourdes

Des Varannes à Chaussac en longeant la rivière, le marcheur ne peut manquer la Grotte de Lourdes.
en 1858, la Vierge apparaît à Lourdes (précisément à la grotte de Massabielle) à la jeune Bernadette Soubirous. La ferveur populaire d'alors se manifeste bientôt par des pélerinages de plus en plus suivis.
Le premier déplacement de vendéens à Lourdes se fait dans l'enthousiasme en 1872. On y chante peut-être déjà le cantique entendu dans mon enfance : « Dieu pour sa cause / Aura des hommes / Tant que vivront / Les vendéens, les vendéens ! » Au retour, de multiples répliques de la « Grotte de Lourdes » sont aménagées dans les paroisses du Bocage.
Cellede Saint Gabriel (avec celle du Boitissandeau, que certains de nous connaissent bien!) est l'une des plus belles.
A cette époque, le Pensionnat Saint Gabriel vient d'acquérir le moulin de Chaussac et le terrain attenant, et (je cite l'historien) « ce n'était alors qu'un maquis plein de rocs et de ronces, où les vipères se multipliaient en sécurité, à l'abri des vents du nord. Un architecte paysagiste traça le plan de la grotte et des lacets du coteau, parmi les rocailles et la verdure. Il a suffi d'aider un peu la nature pour réaliser une des imitations les plus réussies de la Grotte de Massabielle »
En 1970, les élèves (et leurs professeurs) y vont encore en procession, lors des fêtes de la Vierge.
Un moment quasi inaccessible, au début du XXIème, après le retrait de Saint Gabriel sur la rive gauche, la grotte retrouve un peu de son éclat en rejoignant le domaine public. Et l'association « Patrimoine et Histoire » vient de mettre la restauration de la statue à son programme 2025...
22. Charruau

Les habitués du mardi connaissent particulièrement bien le village et le moulin de Charruau.
Entre les Varannes et la Sèvre Noire, le « site hydraulique » dispose, depuis le XVIème, d'un « moulin à farine », qui, comme d'autres, a longtemps fait vivre un petit village. La production s'arrête seulement au début du XXème, quand le dernier meunier émigre vers la minoterie de Milvin.
Un fait notable. Au début des guerres de Vendée, le meunier Rousselot est sauvagement assassiné dans son moulin par les républicains. Par la suite, selon la tradition familiale, cinq de ses fils meurent aussi pendant cette guerre civile. En 1922, le moulin est acheté par des tisserands choletais qui projettent d'y construire une usine sur le modèle de celle de Bodet. Les plans sont dressés, mais le projet ne voit pas le jour.
A noter que pendant une vingtaine d'années, les Frères de Saint Gabriel y installent une turbine, sur le modèle de Chaussac. Celle-ci fournit de l'électricité jusqu'en 1960...
24. L'arceau du Domaine

En poursuivant sa route au delà de Buchet, juste après le Bas Bois (où, nous dit-on, vivaient encore des charbonniers au début du XXème), le marcheur franchit l'Ouin, juste avant qu'il ne rejoigne notre rivière, en direction du Domaine.
Sitôt, le parking (« aire de squats », à l'occasion !) franchi, il découvre, sur un terrain privé à sa droite, en surplomb, un arceau « dédié à Marie, reine de l'Univers ». Un écrit (daté de 2001) de Michel Martinet, le nouvel acquéreur du lieu nous en dit un peu plus. Plus récent que la plupart des autres, l'arceau est érigé par la famille Barreau, les meuniers du Domaine.
Pour avoir été épargnés par les bombardements meurtriers du Pont de Barbin tout proche, le vœu est émis dès la fin de la guerre 39-45, mais il faut attendre 1954 et une succession de malheurs familiaux pour que celui-ci se réalise.
La tante Marie-Ange, restée seule, demande alors à Maurice Laurentin, l'architecte de Cholet, d'en dessiner le plan. Le travail est exécuté par Eugène Raud, maçon à Saint Hilaire et « la Vierge est sculptée par la fille de M. Laurentin »**. La bénédiction a lieu le 28 novembre 54. Un acte notarié du 8 septembre 54 confirme qu'il s'agit bien d'un « arceau privé ».
* Reconnaissance à Michel Murzeau (du BRAHM de Mortagne) qui a fourni ces informations.
** Il en avait deux : Marie (future Ménie Grégoire!) et Anne (médecin!)
Epilogue
Pour ces petites écritures, j'ai donc « pillé », sans aucun scrupule et avec son accord, le savant travail de recherche de Bernard RAYMOND, l'historien local.
Tout particulièrement :
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Son ouvrage référence : Histoire de Saint Laurent sur Sèvre, Librairie Raimbault, 1987
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Quelques numéros de la revue "Au fil du temps" (publiée par la municipalité dans les années 2000)
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La Sèvre, Barbin et ses viaducs, n°2, décembre 2002
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Eléments du Patrimoine, n°8, décembre 2008
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La Barbinière, des origines à nos jours, n°9, décembre 2009
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La Sèvre nantaise et ses moulins, n°10, décembre 2011
Et, encore un mot pour rappeler que ce n'est pas la première fois que Nordic Sèvre 85 s'intéresse au patrimoine local. En effet, en 2019, à l'issue d'une Assemblée générale, nous avons été informés d'un concours initié par le Crédit Mutuel. Il s'agissait de réaliser une vidéo montrant que l'association mettait en valeur son territoire.
En quelques jours, un projet a alors vu le jour. Des marcheurs ont marché sur différents sites remarquables de la commune et Olivier a mis tout cela en images et en musique.
Je vous invite donc à regarder à nouveau ce petit film (qu'on aurait pu intituler, nous aussi, « Dans les yeux d'Olivier »!) qui a obtenu une récompense et permis un don à Boup'handisport.
Bernard Gautron.